Le présent texte se veut un aperçu chronologique de mes différents travaux architecturaux ainsi que de mes recherches théoriques.
En 1968, j’ai travaillé sur la question de l’esthétique marchande dans la construction de logements et j’ai ensuite commencé, pour ainsi dire en conséquence de cette réflexion, à développer avec Ralf et Doris Thut ainsi qu’Otto Steidle le projet du 13, Genter Str. à Munich (1972).

Le point de départ de ces réflexions était de construire un immeuble d’habitation qui ne soit pas avant tout déterminé par une esthétique axée sur la vente, mais de développer, à l’aide d’éléments de construction, un « cadre constructif et esthétique » destiné à offrir aux futurs occupants une plus grande marge de manœuvre afin qu’ils puissent aménager eux-mêmes leur logement.
Les éléments de construction utilisés devaient permettre au futur utilisateur d’articuler lui-même ses besoins et, éventuellement, de les mettre concrètement en œuvre par ses propres moyens. Ces éléments de construction (plafonds, murs, poutres, poteaux, installations sanitaires) devaient donc être clairs et compréhensibles pour tous, afin d’offrir une vision maximale des relations structurelles et de permettre à chacun de mieux s’y retrouver. Seuls ont donc été pris en compte des éléments de construction conçus strictement en fonction de leur utilité, c’est-à-dire des produits tels qu’ils sont par exemple principalement utilisés dans l’industrie (éléments préfabriqués en béton et revêtements muraux extérieurs tels que les tôles ondulées).
Parallèlement, ce qui comptait pour moi, c’était de créer, à partir de ces éléments, des formes qui dépassent une simple esthétique utilitaire, comme c’est le cas dans les bâtiments industriels. J’ai également renoncé à une esthétique purement formaliste (voir la Peter-Paul-Althausstr. à Munich, 1972), car celle-ci finit par se retourner contre les utilisateurs en anticipant toute autre imagination.
L’idée architecturale devait donc également mettre en évidence l’idée même de sa propre réalisation, afin que la connaissance des possibilités constructives libère l’imagination architecturale. La construction devait aussi toujours être comprise comme un processus émancipateur, dans lequel les participants peuvent s’inscrire de différentes manières dans le bâtiment.
Important était également des espaces de communication comme les circulations, c’est-à-dire les espaces semi-publics à faciliter les « rencontres «. Toutes les zones d’entrée sont organisées de telle sorte que chaque appartement dispose d’une zone tampon pouvant, d’une part, être publique et, d’autre part, garantir une intimité privée.
La répartition des appartements et leurs accès sont agencés de telle sorte qu’ils invitent pratiquement à nouer des contacts, sans pour autant porter atteinte à l’espace privé nécessaire.
Ces expériences m’ont ensuite conduit à mener une recherche sur l’appartement lui-même, dans le cadre de laquelle j’ai développé par la suite une typologie des appartements visant à montrer comment différents plans d’appartements impliquent des modes de vie différents.
Ma participation à la Documenta Urbana avec Otto Steidle à Kassel (1980-1982) m’a donné l’occasion d’approfondir les aspects mentionnés plus haut, tels que les systèmes porteurs et leur remplissage (par exemple éviter les ponts thermiques dans ces structures porter). Par ailleurs, je me suis penché sur le problème urbanistique des ilots, comment on peut construire à nouveau des ilots d’habitation fermés. À cette fin, j’ai conçu une maison d’angle afin de revenir à un aménagement des ilots fermé en périphérie, permettant la création des espaces des rue traditionnels.
J’ai également conçu des maisons mitoyennes dotées de pièces polyvalentes (de tailles largement identiques) afin de garantir une adaptation maximale aux différents souhaits des habitants en matière de logement (voir Kassel).
Ce travail m’a été d’une aide précieuse pour la réalisation du projet à Évry (1984), près de Paris, où j’ai conçu et réalisé, avec deux collègues et la participation de 40 familles, 120 logements qui devraient répondre aux exigences susmentionnées. Mes connaissances en matière de construction modulaire et mon expérience dans la conception de plans d’appartements m’ont permis, en un temps relativement court, d’atteindre d’une part un haut niveau de qualité des logements, tout en tenant compte autant que possible des souhaits concrets des locataires. Il en est résulté des appartements qui répondent aux exigences architecturales tout en correspondant aux souhaits concrets des futurs occupants. La partie constructive de cette opération est relativement classique, afin de ne pas surcharger ce projet d’un caractère trop expérimental, d’autant plus qu’aucune subvention particulière n’était disponible pour sa conception et sa réalisation.
Dans le cadre du projet de logements à Mayence (2000/2003), j’ai pu mettre en pratique ces expériences au sein d’un projet de grande envergure. Lors du concours d’urbanisme que j’ai remporté, j’ai proposé des espaces de rue traditionnels créés à partir de divers immeubles collectifs modernes. Ces bâtiments devaient être à la fois très économiques et modernes, tout en répondant aux exigences actuelles en matière de logement (faible consommation d’énergie, matériaux de construction écologiques et méthodes de construction économiques). Je souhaitais ici proposer une solution, une alternative aux erreurs du modernisme et de l’urbanisme d’après-guerre, avec leurs blocs d’immeubles isolés ou leurs quartiers de maisons individuelles. Les exemples de l’architecte Jean Ginsberg à Paris (1932), qui a construit des immeubles collectifs modernes et compacts sur des parcelles traditionnelles, créant ainsi un tissu urbain moderne avec des logements contemporains aujourd’hui très recherchés. Ce type d’urbanisme reste encore aujourd’hui une véritable alternative aux grands ensembles à la Le Corbusier.
Dans le cadre d’un autre projet, à Amiens Chardin (2002/2003), j’ai conçu un programme immobilier comprenant 72 logements, des maisons mitoyennes en bande et des immeubles collectifs (typiques de l’architecture du nord de la France). L’objectif était de montrer, à travers un exemple contemporain, comment créer à nouveau des logements attrayants à partir de maisons mitoyennes traditionnelles et d’un ensemble d’ilots fermé. Le terrain permettait de construire deux rangées de maisons mitoyennes se faisant face, directement en bordure de rue, afin de maximiser la superficie des jardins situés entre les maisons. Les garages, situés au fond des jardins, sont accessibles par une voie d’accès centrale. Les bâtiments d’angle sont des immeubles collectifs. Il en résulte ainsi un ensemble immobilier typique de la région.